Chaque année des milliers de Français se voient poser une prothèse totale ou partielle (uni-compartimentale) du genou. Un phénomène appelé à prendre encore plus d'ampleur d'ici dix à vingt ans. Entre innovations technologiques. profils de patients et vigilance chez les plus jeunes, le Pr Christophe Trojani, chirurgien orthopédique à l'IM2S (Institut monégasque de médecine et de chirurgie du sport), fait le point sur une opération en pleine mutation.
Une déferlante de patients d'ici 10 à 20 ans
"Selon les projections. le nombre d'interventions de ce type pourrait doubler au cours des deux prochaines décennies pour atteindre prés de 300 000 patients opérés par an. Cette hausse s'explique en premier lieu par l'augmentation de l'arthrose du genou, une maladie dont l'incidence est déjà supérieure a celle de l'arthrose de la hanche. Le vieillissement de la population joue un rôle majeur, mais pas seulement. La pratique sportive est aujourd'hui beaucoup plus importante qu'autrefois, y compris chez les seniors. observe le P' Christophe Trojani.
Sur le terrain, deux profils de patients "candidats à la prothèse" se distinguent. D'un côté, les anciens sportifs qui développent une arthrose après des années de sollicitations articulaires intenses. De l'autre, des retraités très actifs dont l'arthrose devient un frein insupportable parce qu'ils souhaitent continuer à mener une vie pleinement active: voyager, marcher, jardiner, jouer au tennis ou encore skier.
Pour faire face à cette demande, l'aide de la technologie (prothèses sur mesure ou robot assistées) est précieuse. mais le critère de réussite a changé: "La question essentielle n'est pas: est-ce que l'opération s'est bien passée? Mais plutôt: est-ce qu'elle a répondu aux attentes initiales du patient ? L'enjeu étant
d'obtenir un "genou oublié ", en clair une articulation tellement fonctionnelle que le patient n'y pense plus au quotidien."
Attention aux opérations trop précoces
Et cela serait le cas pour une très large majorité de patients opérés . On atteint désormais des taux de satisfaction supérieurs à 90 %, notamment avec les prothèses partielles", rapporte le chirurgien. Ce qui ne l'empêche pas de mettre en garde contre la tentation de vouloir opérer toujours plus tôt. "Les patients les plus jeunes ne sont pas ceux qui obtiennent les meilleurs résultats : ils sollicitent davantage leur articulation et ont des attentes souvent trop élevées. Aussi. il faut être très prudent sur l'indication d'une prothèse du genou chez les moins de 50 ans", insiste le chirurgien.
Et il illustre son propos : "J'ai reçu un patient de 39 ans qui en était à sa quatrième opération après une cascade de complications... Son genou est détruit.
Chez un patient encore jeune. présentant une arthrose modérée et un handicap limité, la chirurgie n'est pas la bonne option."
Dans ces cas-là, le spécialiste recommande de temporiser avec des traitements conservateurs (lire par ailleurs) et, surtout, de sécuriser le diagnostic : "Confirmer un premier avis par un second est toujours une excellente démarche".
L'âge avancé n'est plus un obstacle
Si la prudence s'impose s'agissant des plus jeunes. les limites d'âge supérieur ont tendance à sauter. "L'âge moyen de pose d'une prothèse se situe autour de 70 ans. mais les interventions après 80 ans sont courantes, et certaines sont même réalisées chez des patients de plus de 90 ans."
Pour ces grands seniors, le bénéfice est parfois spectaculaire.
"Une personne de 90 ans, en pleine forme par ailleurs. mais qui ne peut plus sortir de chez elle ni dormir la nuit â cause de son arthrose, va tirer un bénéfice considérable de l'opération. Elle revit".
Une opération très répandue
Les données hospitalières et les cliniques spécialisées confirment que le cap des 100 000 interventions par an est désormais franchi de manière régulière, ce qui en fait l'une des chirurgies orthopédiques les plus courantes. La grande majorité (environ 90 %) sont des Prothèses totales de genou (PTG), le reste étant des prothèses partielles.

Photo N.C.
Complications : de la nécessité de la bonne indication
Comme toute chirurgie, la prothèse de genou comporte trois risques principaux. aujourd'hui très encadrés par des protocoles stricts. Le pr Trojani les liste : "L'infection du site opératoire (ISO), est combattue par une hygiène drastique et des antibiotiques. Concernant le risque de phlébite et d'embolie pulmonaire, on les prévient par des anticoagulants et une reprise rapide de la marche."
Enfin. le choix du moment serait crucial si l'on veut éviter une raideur persistante du genou, source de douleurs résiduelles.
"Les échecs et les genoux raides ou toujours douloureux après la pose d'une prothèse s'expliquent presque toujours par une opération réalisée trop tôt. sur une arthrose très modérée", conclut le PrTrojani . "Plus l'arthrose est avancée et le handicap important. meilleur sera lebénéfice pour le patient."
Poids, rééducation, parcours de soins global
Contrairement à une idée reçue, le poids n'est pas un frein à l'intervention. selon le Pr Trojani : "Soit le patient est accompagné pour perdre du poids avant soit il mincit après l'opération. Libéré de la douleur de l'arthrose. il rompt avec la sédentarité et retrouve naturellement une actîvité physique."
Concernant la rééducation, elle est relativement rapide : "Il faut compter un mois pour une prothèse partielle (souvent en ambulatoire).
Pour une prothèse totale, l'hospitalisation n'excède généralement pas 48 heures, suivie d'un retour à domicile ou en centre selon la situation familiale."
Autre élément important : l'intervention n'est plus un acte isolé. "Elle s'inscrit dans une prise en charge globale (chirurgien, anesthésiste, cardiologue, nutritionniste, "école de la prothèse") pour préparer le patient à l'après."
Retarder l'échéance grâce au PRP
Avant de passer sur la table d'opération, des alternatives médicales permettent de gagner de précieuses années de confort.
C'est le cas des injections de PRP (Plasma riche en plaquettes), parfois associées aux corticoïdes.
"En utilisant les propriétés régénératrices des plaquettes du patient ce traitement permet de contrôler efficacement les douleurs liées à l'arthrose débutante, retardant ainsi l'échéance chirurgicale de plusieurs années."





