
Résumé de la conférence du Dr Bernard Schlatterer (IM2S, Monaco)
Monaco Sports Summit – 13e Sports Medicine Global Summit – 2 octobre 2026
Quelques chiffres chez les footballeurs de haut niveau
Ces chiffres montrent qu'une opération réussie ne garantit pas, à elle seule, un retour au niveau.
Ce que l'opération apporte, et ce qu'elle n'apporte pas
Le chirurgien remplace le ligament rompu par une greffe prélevée sur le patient lui-même (tendon rotulien, tendon des ischio-jambiers, tendon du quadriceps ou bandelette ilio-tibiale). Chaque greffe a ses avantages et ses contraintes.
L'opération permet :
L'opération ne rend pas, à elle seule :
Tout cela se reconstruit pendant la rééducation.
Comment se produit la blessure ?
Le plus souvent sans contact avec un adversaire : lors d'un freinage, d'un changement de direction ou d'une réception de saut, genou presque tendu et rentrant vers l'intérieur. Mieux comprendre ces situations permet de mieux s'en protéger à l'entraînement.
Les 5 piliers de la réussite (+ le temps)
Pilier 1 - Bien se préparer avant l'opération
Arriver au bloc avec un genou dégonflé, qui se tend complètement, et un quadriceps qui fonctionne bien améliore les résultats. La force du quadriceps avant l'opération permet de prédire le résultat deux ans plus tard. Le délai avant l'intervention n'est donc pas du temps perdu : c'est déjà de la rééducation.
Pilier 2 - Avancer selon des critères, pas selon le calendrier
Chaque étape de la rééducation doit être validée par des tests objectifs (force, sauts, qualité des mouvements). Un patient qui reprend sans avoir réussi ces tests a environ 4 fois plus de risque de rompre à nouveau sa greffe.
Pilier 3 – Retrouver la force (et la vitesse)
Pilier 4 – Terminer la rééducation sur le terrain
La rééducation ne s'arrête pas en salle de sport. Elle suit une progression : salle → course → changements de direction → exercices spécifiques au football → entraînement complet avec l'équipe. On reproduit, de façon contrôlée, les situations à risque.
Pilier 5 – Être prêt dans sa tête
La peur de se blesser à nouveau est normale : c'est un élément médical, pas un manque de caractère. Un questionnaire validé (ACL-RSI) permet de mesurer la confiance et la préparation psychologique. Il doit être utilisé tôt et régulièrement, pas seulement à la fin.
Le temps
Le risque de nouvelle blessure diminue avec chaque mois supplémentaire avant la reprise, jusqu'à environ 9 mois. Mais attendre sans progresser ne sert à rien. Les 9 mois sont un minimum, pas un objectif. Les techniques chirurgicales modernes pourraient, à l'avenir, permettre de raccourcir ce délai chez certains patients.
Les signaux qui doivent retarder la reprise
Un seul de ces signaux suffit pour différer la reprise (ce n'est qu'une pause, pas un échec) :
Après la reprise, le match n'est pas fini
Et la chirurgie ?
Elle reste essentielle : choix de la greffe, réparation du ménisque et état du cartilage influencent le résultat à long terme. Aujourd'hui, chez les patients à risque, on associe souvent à la reconstruction du ligament un geste complémentaire sur le côté externe du genou (ténodèse latérale) pour mieux contrôler la rotation et renforcer le montage.
À la clinique, nous utilisons une technique de reconstruction modifiée à partir de la bandelette ilio-tibiale, qui préserve les muscles.
Une IRM vers 6 mois permet de vérifier l'intégration de la greffe et d'aider à la décision de reprise. Mais une greffe parfaite, avec une rééducation insuffisante, peut quand même échouer.
Une décision d'équipe
Autour d'un genou, il y a souvent beaucoup d'intervenants : chirurgien, médecin, kinésithérapeute, préparateur physique, entraîneur, agent… et le patient lui-même. La décision de reprise doit être partagée, reposer sur des critères définis à l'avance et ne pas se prendre dans l'urgence ou sous la pression.
A retenir
- 1
L'opération rend la stabilité au genou : c'est environ 20 % du résultat.
- 2
Ce sont les critères, et non le calendrier, qui décident du retour au sport.
- 3
La rééducation se termine sur le terrain… et dans la tête.
- 4
La reprise n'est qu'une mi-temps, pas la fin du match.
- 5
Les critères de reprise se fixent à l'avance, pas dans l'urgence.









