« Ce sont les cheveux gris du genou » : pourquoi il ne faut surtout pas se précipiter sur l’opération en cas de lésion du ménisque

En bref :

Une lésion du ménisque nécessite-t-elle systématiquement une opération ? Non. Après 50 ans, les lésions méniscales sont souvent liées au vieillissement naturel du genou et peuvent être associées à l’arthrose.

En l’absence de blocage mécanique, un traitement médical est généralement privilégié pour soulager la douleur et préserver le ménisque. En revanche, certaines lésions traumatiques ou un genou véritablement bloqué peuvent nécessiter une intervention chirurgicale.

À l’IM2S de Monaco, le Dr Jean-Marc Parisaux et le Pr Christophe Trojani rappellent l’importance de préserver le ménisque et de privilégier sa réparation lorsqu’elle est possible, plutôt que son ablation dans cet article de Nancy Cattan pour Nice Matin.

Prothèse genou robot pr Trojani

Photo NC

«Une gêne dans certaines postures peuvent orienter vers une origine méniscale», renseigne le Dr Parisaux.

Un genou qui se bloque après une chute ou un mauvais appui  : là, la chirurgie s’impose. En revanche, pour un ménisque simplement douloureux, notamment après 50 ans, le mot d’ordre est plutôt de préserver ce petit amortisseur du genou.

« Vers l’âge de 50 ans, j’ai commencé à avoir mal au genou. Mon médecin m’a prescrit une radiographie qui a montré un début d’arthrose, puis j’ai passé une IRM qui a révélé une lésion méniscale. » Comme Sophie, 63 ans, ils sont des milliers de Français à présenter des douleurs aux genoux, en lien avec les ménisques, ces sortes de coussinets situés à l’intérieur de l’articulation et qui protègent le cartilage. « Le ménisque dégénératif, ce sont les cheveux gris du genou, imagent le Dr Jean Marc Parisaux, spécialiste MPR / médecine du sport et le Pr Christophe Trojani, chirurgien orthopédiste à l’IM2S, à Monaco. À partir de la cinquantaine, il peut progressivement se fissurer et perdre ses qualités mécaniques. Un phénomène qui accompagne souvent les premiers signes d’arthrose. »

Si l’âge est un facteur de risque, il ne porte pas la seule responsabilité de cette usure du ménisque  : « Les microtraumatismes répétés peuvent également jouer un rôle. Sont ainsi particulièrement touchées les personnes qui travaillent souvent accroupies ou à genoux, comme les professionnels du bâtiment. Certaines pratiques sportives peuvent aussi mettre les ménisques à rude épreuve. »

Le ménisque endommagé peut alors devenir douloureux, notamment lors de certains mouvements ou positions. « Il arrive également qu’il s’extrude, c’est-à-dire qu’il sorte progressivement de l’articulation, et provoque une inflammation douloureuse autour de sa périphérie. »

Radio d’abord, IRM si nécessaire

En cas de douleur, inutile de se ruer vers un cabinet de radiologie, l’étape fondamentale réside dans l’examen clinique. « Une douleur localisée à la palpation du ménisque, des tests spécifiques, certaines douleurs nocturnes lors des changements de position ou une gêne dans certaines postures peuvent orienter vers une origine méniscale. »

La radiographie, réalisée dans un second temps, a pour objectif de rechercher une arthrose du genou. « Cette étape est importante car une lésion méniscale dégénérative et une arthrose peuvent être étroitement liées. Si un ménisque est dégénératif, qu’il y a déjà un peu d’arthrose au niveau du genou, et que l’on opère, il y a un risque de faire flamber l’arthrose », mettent en garde les spécialistes. D’où cette règle simple  : surtout ne pas se précipiter sur le bistouri..

L’IRM, lorsqu’elle est nécessaire, permet, elle, de préciser l’état du ménisque. Mais, « une lésion méniscale visible sur une IRM n’est pas forcément la cause de toutes les douleurs du genou », insiste le Dr Parisaux.

Prothèse genou robot pr Trojani

Dr Parisaux et Pr Trojani. - Photo NC

D’abord, calmer la douleur

Pour un ménisque dégénératif douloureux mais qui ne bloque pas le genou, le traitement est d’abord médical. « La prise en charge peut associer des traitements antalgiques et surtout des mesures visant à réduire les contraintes exercées sur le ménisque. C’est ce qu’on appelle « l’économie méniscale ».

Sans proscrire le sport, les professionnels recommandent d’éviter les positions qui déclenchent les douleurs, en particulier les accroupissements répétés ou prolongés.

Des infiltrations peuvent également être proposées. « La cortisone est utilisée dans certaines situations, notamment lorsque l’inflammation autour du ménisque est importante. Les injections de PRP (plasma riche en plaquettes), sont intéressantes pour certaines lésions, notamment chez des patients plus jeunes et sportifs. » Mais pas question d’y avoir recours systématiquement. « Pour un ménisque très dégénératif, et inflammatoire, une infiltration de cortisone est beaucoup plus pertinente. »

"Retirer une partie du ménisque n’est jamais neutre"

La chirurgie reste minoritaire

L’objectif de cette stratégie est double  : faire disparaître la douleur et conserver le ménisque.

« Retirer une partie de celui-ci n’est jamais totalement neutre pour l’avenir du genou », justifient les spécialistes, études à l’appui  : « il a été montré qu’après une méniscectomie (opération consistant à retirer tout ou partie d’un ménisque endommagé, Ndlr) le risque d’arthrose est d’environ 20 % pour le ménisque interne et de 40 % pour le ménisque externe, 10 ans plus tard. »

Seules 10 % des lésions méniscales dégénératives finissent ainsi par être opérées, essentiellement après échec du traitement médical. Et « lorsqu’une méniscectomie est nécessaire, elle est la plus économe possible, concluent les spécialistes  : on retire seulement la partie lésée et jamais, en principe, l’intégralité du ménisque. »

Genou bloqué, la chirurgie incontournable

« Un genou bloqué correspond le plus souvent à un fragment du ménisque (comme une « anse de seau ») qui se détache ou se coince dans l’articulation, empêchant d’étendre complètement la jambe. Là, il n’y a pas d’alternative à l’opération. Mais même ici, le principe de conservation reste valable. On enlève la partie qui est déchirée. Et lorsque la configuration de la lésion (au niveau d’une zone vascularisée) le permet, on peut la suturer. ». Une possibilité particulièrement intéressante chez les patients jeunes, « en particulier chez les adolescents ».

Quand la lésion est traumatique

Toutes les lésions méniscales ne racontent pas la même histoire. Chez les sujets plus jeunes, une chute, une torsion, un mauvais appui ou un accident sportif peuvent provoquer une déchirure méniscale brutale. Le ski en est un gros pourvoyeur, mais de nombreux sports sont concernés. Ces lésions méniscales peuvent être isolées ou accompagner une rupture du ligament croisé antérieur. « Dans ce cas, la réparation est privilégiée, lorsque la vascularisation de la zone lésée permet une cicatrisation. »

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Nancy CATTAN

Lire cet article sur le site Nice Matin

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Pr Christophe TROJANI

Chirurgien orthopédiste
Genou

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Dr Jean-Marc PARISAUX

spécialiste MPR / médecine du Sport
PRP OCEC