La surveillance des patients porteurs de prothèses articulaires est indispensable

Les prothèses articulaires (hanche, genou, épaule,…) permettent dans la grande majorité des cas d’obtenir des résultats fonctionnels remarquables et durables dans le temps.

Cependant, cette excellence de résultats ne doit pas faire oublier au patient qu’il porte un dispositif artificiel qui peut se détériorer dans le temps. En effet, quelque soit la qualité de l’usinage d’une prothèse, et comme toute pièce mécanique, elle est condamnée à s’user et libère de microscopiques particules d’usure (particules de polyéthylène, ions métalliques,.. ) qui peuvent entraîner des réactions de l’organisme. Ces réactions sont variables en fonction des particules d’usure émises et différentes d’un sujet à l’autre, mais elles aboutissent sur le long terme à la destruction de l’os qui supporte la prothèse, réalisant une « ostéolyse ».

Prothèse de genou posée 15 ans auparavant. Absence de suivi radiologique. Consultation du patient pour douleurs brutales et impotence fonctionnelle totale. Radiographie : descellement total de la prothèse par usure complète de polyéthylène et perte osseuse majeure (ostéolyse).
Ré-intervention par prothèse de reconstruction avec charnière et quilles osseuses longues pour retrouver un ancrage tibial et fémoral satisfaisant.

Les ostéolyses sont souvent indolores et donc non ressenties par les patients :

Lorsque ces destructions osseuses apparaissent puis s’étendent, il est fréquent que le malade ne ressente aucune douleur ni aucune difficulté à marcher. Bien souvent, ce n’est que lorsque la destruction osseuse est importante et entraîne le descellement de la prothèse que le patient consulte. Le chirurgien peut alors se trouver devant des dégâts osseux majeurs, tels qu’une reprise chirurgicale soit difficile voir impossible. En effet, quelque soit l’articulation concernée et le type de prothèse utilisée, cette dernière nécessite toujours un ancrage osseux minimum pour pouvoir être implantée. Ainsi, plus une reprise chirurgicale est précoce, plus elle est simple et de meilleur pronostic. Dans le cas contraire, il sera parfois nécessaire d’avoir recours à des prothèses plus massives dites de reconstructions (pour pallier les pertes osseuses) et/ou des greffes osseuses.

Prévention = Eviter les importantes dégradations.

Le seul moyen de découvrir les altérations osseuses débutantes avant qu’elles ne fragilisent l’os qui supporte la prothèse est de réaliser des radiographies de contrôle systématiques.

Prothèse de hanche posée en 1998. Absence de suivi radiologique. Consultation pour apparition progressive de douleurs. Radio : Descellement complet de tige prothétique, menaçant de fracturer le fémur !
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Intervention en urgence avec mise en place d’une tige extra-longue verrouillée et greffe osseuse.

Recommandations = Suivi radiologique régulier

Les experts de la Société Française de la Hanche et du Genou (SFHG) recommandent, au-delà de la première année d’implantation d’une prothèse, une radiographie de contrôle systématique au minimum tous les 3 ans.

Dans certains cas, cette surveillance doit être rapprochée, tous les ans. L’interprétation de ces radiographies pouvant être particulière au type de prothèse utilisé, elle doit être réalisée par le chirurgien.

Une anomalie radiologique ne justifie pas une reprise chirurgicale systématique et immédiate, mais fera décider d’un nouveau contrôle radiographique plus précoce pour juger de l’évolutivité des images et éventuellement d’une ré-intervention. La prévention et la surveillance seront gage du maintien des résultats fonctionnels des prothèses articulaires sur le moyen et long termes et de la satisfaction de nos patients.

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Dr Nicolas JACQUOT

Chirurgien orthopédiste
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